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L’école française, ce concentré d’inégalités dénoncé par l’UNICEF

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Dans son dernier rapport du 8 juin 2015, l’UNICEF France s’attarde sur les failles du système éducatif français. Entre frein à l’intégration et accélérateur d’inégalités, l’agence dresse un bilan critique de la situation de l’École aujourd’hui, tout en intégrant les perspectives liées aux réformes gouvernementales en cours. Un cri d’alerte résumé en une phrase titre : « Chaque enfant compte. Partout, tout le temps ».

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie ». C’est avec cette citation tirée de l’éthique journalistique que Michèle Barzach, présidente de la branche française du fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), introduit le rapport de son agence. Le texte, publié lundi 8 juin 2015, dénonce notamment dans un de ses chapitres le déterminisme social inhérent à l’école française, les difficultés d’intégration pour les jeunes migrants et les conditions d’accès pour les élèves handicapés. Un bilan des droits fondamentaux de l’enfant dans le système éducatif qui fait émerger six recommandations. Parmi celles-ci, la nécessité presque évidente « d’assurer à tous les enfants un accès égal à l’éducation » et notamment à ceux « vivants en bidonvilles » ou aux « mineurs isolés », mais également l’importance de « faire entrer l’École dans l’ère du numérique ».

 

Enfants roms
Face à des conditions de vie déplorables, les enfants de camps de migrants sont trop souvent déscolarisés.

Intégration par l’éducation
Le rapport de l’UNICEF France met en exergue la situation d’exclusion des populations migrantes engendrée par le système éducatif français. Ainsi, en se basant sur les chiffres du collectif ROMEUROPE de 2010, « 5 000 à 7 000 enfants roms […] sont arrivés ou arriveront à l’âge de 16 ans sans avoir jamais ou presque été à l’école ». Un nombre qui représenterait plus d’un tiers des populations roms, évaluées autour de 15 000 personnes. Rien d’étonnant cependant puisque ces migrations sont « quasiment toutes réalisées en famille », toujours selon le collectif. Causes de cette marginalisation ? Le fonds des Nations unies avance des conditions de vie déplorables dans les bidonvilles, auxquelles s’ajoutent de perpétuelles évacuations par les forces de l’ordre. Un problème qui n’est d’ailleurs pas nouveau, puisqu’en septembre 2013 Amnesty International lançait déjà l’alerte sur la recrudescence des démantèlements de camps et leurs conséquences sur la scolarisation des enfants.

Ce contexte d’insécurité et d’instabilité est en effet loin d’être propice à l’intégration scolaire des enfants migrants. En plus de ces contraintes, les autorités locales freinent encore trop souvent les procédures administratives. Ainsi la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) faisait mention en 2013 d’un « refus d’inscription de la part des communes ». Une pratique en conflit direct avec le droit à l’éducation reconnu par la Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant, en vigueur depuis 1989. Cette situation d’ensemble « annihile les apprentissages fondamentaux, condition sine qua non d’une intégration réussie » pour l’UNICEF.

Pour les élèves scolarisés, le bilan n’est pas forcément plus joyeux. Si les réformes actuelles sont mues par un désir égalitaire, il n’en reste pas moins que les inégalités persistent. La dernière enquête Pisa de l’OCDE menée en 2012 montrait ainsi une « corrélation entre le milieu socio-économique et la performance bien plus marquée que dans les autres pays de l’OCDE ». Il était également précisé que « lorsqu’on appartient à un milieu défavorisé, on a clairement aujourd’hui moins de chance qu’en 2003 » et que « les élèves issus de l’immigration sont au moins deux fois plus susceptibles d’être en difficulté ». Un constat appuyé par les études de l’UNICEF France : si 68,4 % des enfants de milieux aisés se sentent en sécurité à l’école, ce chiffre tombe à 33,8 % pour les enfants démunis.

 

Des mesures pertinentes
Pour autant, les dernières actions politiques vont dans le bon sens pour l’organe de l’ONU, pour qui « la nouvelle approche de l’éducation prioritaire [et] la définition d’indicateurs d’efficience sont pertinents ». Mais s’il faut reconnaître la précaution de l’UNICEF au regard de la réforme des programmes en cours, la nouvelle approche interdisciplinaire introduite au collège n’est en revanche pas abordée, alors même qu’elle est présentée en fer de lance par Najat Vallaud-Belkacem comme pilier d’une nouvelle façon de construire des savoirs fondamentaux.

Autre point positif selon le rapport, la valorisation d’un socle commun. Mais un tel projet, intégrant aussi les droits de l’enfant dans l’enseignement, semble cependant devoir passer inévitablement par une sensibilisation et une formation des enseignants. Pour l’UNICEF, cela prend son sens « non seulement dans l’objectif du développement personnel, mais aussi dans la construction du vivre-ensemble ». Un « vivre-ensemble » qui passerait par le renforcement des liens entre parents et École, mais aussi par la reconnaissance des enjeux liés au numérique. Ces questions semblent trouver de plus en plus leurs places dans le débat public, mais le temps risque de manquer. Car si les réformes sont en cours, la France n’a plus que six mois pour se préparer à son audition par les experts du Comité des Droits de l’Enfant des Nations unies, qui aura lieu en janvier 2016.

 

Pour aller plus loin :
Lire le rapport complet de l’UNICEF France.
Comment intégrer le numérique dans le système éducatif ? (Article en anglais)

 

Written by Benjamin Vignard

Après une formation en physico-chimie moléculaire, je me suis dirigé vers l'apprentissage du journalisme et de la communication scientifique à l'université Paris Diderot.

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